lundi 9 juin 2008

16 - YVES KERLO & REFLEX

Pascal Roussel, l'un des simracers de la ligue Fance-Nascar, a habité la région de Chartres avant de se retrouver à Libournes. Passionné de sports mécaniques et de moto, il a suivi les péripéties de l'écurie moto chartraine Réflex. Hors c'est en partie grâce à Yves Kerlo, le patron de Réflex Promotion, que j'ai pu accéder aux paddocks des courses motos dans les années 80. Un homme que j'ai rencontré pour la première fois sur un circuit urbain d'une course de Solex.

Yves Kerlo au guidon d'une Ossa 250 SPQ

Réflex n'existe plus, mais le virtuel se moque de ces impératifs. Le sponsor de ma voiture est Triaxe, la société qui a sponsorisé l'Equipe de France de Moto à ses débuts et dans laquelle je travaillais. Hors Réflex et Triaxe ont colaboré lors d'une édition du Bol d'Or sur le myhtique Paul Ricard où Marc Fontan avait engagé Régis Laconi et Olivier Jacque, afin qu'ils connaissent aussi cet aspect de la compétition moto.

J'ai eu l'idée de réunir à nouveau ces deux noms et pour cela, il me fallait l'agrément d'Yves Kerlo. Nous avions repris contact depuis quelques temps. Et Yves m'avoua avoir été séduit, lui aussi par le monde de la simulation. Tout commança un jour où on lui offrit une Play Station de chez Sony et bien évidemment une simulation de Grands Prix Moto. Il fut bluffé par la qualité des images, mais aussi par le comportement des motos et par le réalisme des réglages. Le jeu se transforma en passion en frisant même l'addiction. Malheureusement, et à l'image du monde des motards, le nombre d'amateurs de simulation moto est infinitésimal par rapport à celui des passionnés de courses automobiles. Par conséquent, l'offre de périphériques adaptés à ce genre de pratique est inexistante. Mis à part le gamepad, rien d'autre pour piloter les monstres de 200 CV. Ce qui a fini par agacer notre homme.

Parlons-en de l'homme. Yves Kerlo est en perpétuel mouvement. S'il vit intensément les moments présents, comme je l'ai vu vivre la compétition, il se projette constamment dans un avenir plus au moins éloigné. Son esprit est en ébullition continuelle. Yves a des idées sur tout et il en parle avec ferveur et passion. Une éloquence qui n'est pas toujours bien passée dans le milieu de la moto, surtout quand celle-ci s'accompagne de succès. Car Yves n'avance aucun argument qu'il n'a pas vérifié, d'une manière ou d'une autre. N'étayes ses propos que sur des expériences vécues ou s'en réfère à ceux qui ont l'expérience en la matière. À le fréquenter, on pourrait croire qu'il ne vous écoute guère, va toujours à l'essentiel et n'a jamais de temps à perdre. Autant dire que l'homme paraît insaisissable. Mais à travers cette apparence de suractivité, il vous observe, vous écoute sans qu'il y paraisse, vous jauge. Yves est un homme passionné et rien ne le titille plus que la lueur de la passion qui brille dans les yeux de son interlocuteur.

L'homme est aussi un chef d'entreprise avisé. Méthodique, pragmatique et doué d'une auto-analyse sans concession. Il fit vite partie des meilleurs team-managers en endurance. Il dota son team d'une organisation sans faille. À chaque course son lot de mésaventures, surtout en endurance ; autant de problèmes à résoudre, autant de solutions signées Réflex. Le team fut reconnu pour son approche professionnelle de la compétition rien n'était laissé au hasard. Il a été la première écurie privée à gagner les 24 Heures du Mans moto au nez et à la barbe des usines, avec la Yamaha Finacor.

Pour en revenir à nos simulations, quand ce genre de bonhomme se retrouve devant un écran de télévision avec un gamepad entre les mains, à essayer de trouver la meilleure trajectoire en poussant et appuyant sur des boutons, on comprend que sa frustration devint vite insupportable. Alors, comme au bon vieux temps de l'endurance, Yves chercha un autre moyen de piloter virtuellement une moto GP, problème égale solution Réflex.

Refaire un joystick avec l'électronique et l'adaptation au programme du jeux, Yves n'en n'avait pas les moyens. En revanche, utiliser la manette de sa Playstation et l'adapter aux commandes d'un véritable guidon, ça c'est dans les cordes d'un bricoleur de génie qui trouva bien des solutions pour gagner quelques dixièmes lors d'un arrêt aux stands. La première version fut un guidon adaptable à une table ou un bureau, à l'image de nos volants. Puis vint le té de fourche, mais en bon motard, Yves eut envie de passer les vitesses au pieds ainsi que le freinage de la roue arrière. Ainsi naquit l'option cadre de moto. Il a donc installé une manette Sony à la place du compte-tours de sa moto Yamaha TZ, quelques renvois à l'aide de câbles et pièces en aluminium pour appuyer sur les touches afin de freiner et d'accélérer. Yves est un perfectionniste, il a donc fait essayer son installation, lors du Bol d'Or 2005 par une vingtaine de pilotes pros. L'essai n'a pas convaincu. Il est donc reparti à sa planche à dessin, fort de toutes les critiques recueillies et a donc revu sa copie.

Début octobre 2005, un nouveau simulateur voit le jour avec un guidon qui s'incline selon l'angle que prend la moto sur l'écran, beaucoup plus convaincant. Un ensemble de brevets est déposé en novembre 2005 et une première sortie "publique" a lieu lors du Salon Moto Légende, sur le stand "Internationnal Classic Grand prix" d'Eric Saul. L'engin a été testé pendant trois jours et le succès est total, un niveau probant de réalisme est enfin atteint.

Fin janvier 2006, lors des Journées Professionnelles Motos Scooter, à Lyon, Yves Kerlo monte son simulateur en tant qu'animation dans l'allée centrale du salon, il fut assailli par les professionnels qui désiraient avoir un tel engin dans leur salon d'accueil clients. Enfin, fin février, au salon du Bourget, accueilli par Marc Fontan sur le stand Dark Dog Moto Tour (le tour de France moto), c'est le public qui a révélé son engouement pour son produit.

La marque "Play Bike By REFLEX" est déposée et le lancement de la fabrication de 100 premiers modèles est envisagée. Yves, lors d'un de ses déplacements, est venu me faire essayer son bolide virtuel. La prise en main est tout à fait stupéfiante. On a vraiment l'impression de prendre de l'angle avec ce guidon qui s'incline, tout comme l'image. La vue dans la bulle est tout à fait bluffant de réalisme et il ne m'a guère fallu que quelques tours à Barcelone pour commencer à essayer de trouver la meilleure trajectoire. J'ai retrouvé des sensations oubliées, expérience extraordinaire, qui fut bien trop courte à mon goût.

Votre serviteur sur le Playbike, dans la ligne droite de Barcelone